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Président de la République arabe d’Égypte et son premier Ministre: La fin des poursuites contre Karem Saber, la liberté de création en Egypte!

Cette pétition doit être validée par la Communauté Avaaz avant publication
Président de la République arabe d’Égypte et son premier Ministre: La fin des poursuites contre Karem Saber, la liberté de création en Egypte!
  
  

 


Pourquoi c'est important

Résumé

Karam Saber est un défenseur des droits de l'homme et un écrivain égyptien. Il est condamné à 5 ans de prison pour "mépris de la religion" suite à la publication d'un recueil intitulé "Ou est Dieu ?". Nous demandons la fin des poursuites contre lui ainsi qu'une réforme législative qui, conformément à la nouvelle Constitution de janvier 2014, interdise les peines privatives de liberté pour les délits ayants traits à des productions publiques qu'elles soient artistiques, littéraire ou relevant de l'opinion.

Communiqué de Human Rights Watch (en anglais) :

http://www.hrw.org/news/2014/06/04/egypt-repeal-laws-used-convict-author


L'HISTOIRE EN DÉTAIL


Non au procès de l'imagination dans l’Égypte révolutionnaire
Liberté pour Karam Saber


L’avocat Karam Saber consacre sa vie à la défense des droits de l'homme et à l'écriture. D'une part, depuis 1998, il dirige le Centre de la terre pour les droits de l'homme (http://www.lchr-eg.org) au Caire en Égypte où il se bat en particulier pour les droits économiques et sociaux des paysans et des pêcheurs et d'autre part, il est un écrivain fécond qui a déjà écrit et publié 25 romans ou recueils sans être jamais inquiété.

En 2010, il a voulu faire entendre la voix des paysans dans un recueil de onze nouvelles. Ses personnages sont des gens simples qui expriment leur souffrances, leurs espérances avec leurs propres mots et à travers leur propre culture. Une culture où la relation avec Dieu est omniprésente. Ils le prient avec passion, l’invoquent, l’interpellent… d’où le titre du recueil « Où est Dieu ? »

Quelques temps après la publication de son livre, Karam reçoit de Béba (une ville du gouvernorat de Beni Suif à près de 150 Km au sud du Caire) ce qu'il croît être un coup de fil spontané de la part d’un « fan » de son recueil. Il apprend par la suite, en 2011, qu'un citoyen de Beni Suif s'est plaint auprès du procureur que Karam par sa publication tirerait profit de la religion en mettant en circulation des idées extrémistes et méprisantes en vers une religion … Il pense alors que cette plainte est classée sans suite.


Le 7 mai 2013, sans même prendre la peine de convoquer Karam ni de lui donner la possibilité de se défendre, le tribunal correctionnel de Beba l'a condamné à 5 ans d'emprisonnement ferme. Le juge lui applique ainsi la peine maximale prévu par l'article 98 du code pénal égyptien qui punit : « toute personne tirant profit de la religion par la mise en circulation ou la réalisation d'actes partisans d'idées extrémistes – que ce soit par la parole, l'écrit ou tout autre moyen – dans le but d'inciter à la division, à l'émeute, au dénigrement ou au mépris d'une des trois religions monothéistes ainsi qu'aux différentes confessions qui s'y rapportent. Il en va de même pour l'atteinte à l'unité nationale ou à la paix social., ».

Dans son jugement, le juge s'est exclusivement basé sur la plainte du citoyen de Beni Suif, sur le rapport d'un indicateur de police affirmant pourtant qu'il ne sait ni lire ni écrire (sic), d'autres témoins à charge dont nous ignorons tout et, cerise sur la gâteau, d'un enregistrement réalisé à l'insu de Karam et sans aucune autorisation judiciaire de la conversation téléphonique qu'il a eu avec son soit-disant « fan ».

Le piège aurait été parfait si dans la foulée, la police avait réussi à arrêter Karam comme ils ont essayé de le faire en venant à son bureau. Mais Karam et ses avocats ont tout de même réussi à faire valoir les droits de la défense en arguant du fait que tout accusé condamné en son absence a huit jours pour introduire une demande de révision de jugement ; demande qui suspend l'application de la peine.

Ainsi, après un procès marathon de près d'un an et de plus de dix audiences durant lesquels Karam a laissé ses avocats seuls le représenter par peur d'une nouvelle arrestation arbitraire ; après que l'Académie de recherches islamiques d'al-Azhar (institution musulmane de référence en Égypte de par la Constitution), l'Institut des avis islamiques du Ministère de la justice et l’Église copte orthodoxe aient tous confirmé, certificats à l'appui, les accusations de « mépris de la religion » portées contre Karam, le 11/03/2014, le même tribunal de Beba a confirmé la condamnation à cinq ans d'emprisonnement. Ainsi, à l'arbitraire d’État vient s'ajouter le pouvoir théocratique des institutions religieuses qui s'érigent en maître absolu dans une matière, la littérature, dont pourtant elles ignorent tout.


Karam et ses avocats ont évidemment interjeté appel. Le 5 juin 2014 la cour d'appel correctionnel de Beba a confirmé la décision de première instance et donc le fait que Karam a « méprisé » la religion dans son ouvrage « Ou est Dieu ? ». Mais une nouvelle fois, elle l'a fait en son absence. Une révision de jugement, dont la date n'est pas fixée, aura donc lieu. En attendant, Karam reste normalement libre de ses mouvements, mais le risque existe que les autorités ne respectent pas cette règle.

En parallèle de cette procédure correctionnelle, les avocats de Karam ont saisi les autorités et le tribunal administratif afin que soit abrogé l'article 98 sur lequel repose la condamnation de Karam. En effet, cette dernière a été prise après la promulgation de la nouvelle Constitution de janvier 2014 dont les articles 67 et 71 ordonnent qu' « il ne sera pas prononcé des peines privatives de liberté en matière de crimes ayant trait à des productions publiques qu'elles soient artistiques, littéraire ou relevant de l'opinion … ». La condamnation de Karam est donc frappée d'inconstitutionnalité.

Le 24 juin 2014, le tribunal administratif du Caire a refusé de transmettre la question de la constitutionnalité de l'article 98 à la Haute Cour constitutionnelle. Karam Saber entend à présent faire appel de cette décision devant la Haute cour administrative.

Il faut ajouter à cela que la condamnation de Karam enfreint les conventions internationales signées par l’Égypte relatives à la liberté d’expression et de conscience (en particulier le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques).

Au-delà des questions juridiques que posent cette affaire. Elle soulève surtout des questions de fond d'ordre moral et politique. En premier lieu, on est en droit de se demander si une révolution a eu lieu en Égypte. L'affaire Karam Saber a commencé sous Moubarak, a été instruite sous Morsi et s’apprête à être définitivement tranchée sous al-Sissi. Pourquoi une telle continuité ?Pourquoi la nouvelle Constitution, plus protectrice des libertés, n'est-elle pas appliquée en faveur de Karam ? Le peuple égyptien n'a-t-il pas le droit de profiter des quelques acquis déjà obtenus grâce au courageux mouvement social qu'il a mené et mène encore et qui a lui a coûté de nombreux martyrs ?

La position d'al-Azhar dans cette affaire n'est-elle pas en contradiction avec le document des Oulémas d'al-Azhar au sujet des libertés publié peu après la chute de Moubarak et qui consacre le droit de choisir sa conviction, son opinion et de l'exprimer ?

Quelle logique y-a-t-il à juger des personnages fictifs qui tiennent certains propos ou dont émanent certaines expressions qui, si elles sont prises à la lettre, seront rejetées tant par l’Église, que par l'Académie des recherches islamiques d'al-Azhar ou l'Institut des avis islamiques ?

Est-il possible qu'au XXIe siècle on fasse le procès de l'imagination ? Les personnages qui sont jugés sont des personnages de papier. La vision de l'auteur n'est pas celle des personnages. Il n'est pas possible de juger les auteurs sur la base des actions ou des crimes que leurs ouvrages contiennent. Un créateur travaille en artiste et il est donc distinct de ses personnages en vertu des règles artistiques ou de critiques littéraires les plus élémentaires.

Comment, en premier lieu, les tribunaux égyptiens ont-ils pu accepter cette affaire ? De telles condamnations qui instrumentalisent la religion suffiront-elles à tuer moralement les opposants au sein même de leurs milieux sociaux en le faisant apparaître comme des blasphémateurs ? (Selon le rapport de l'EIPR intitulé « le siège de la pensée » présenté dans l'édition du 11/09/2013 du Dalynews Egypt, ont été recensé depuis la chute de Moubarak 63 cas d'accusation de « mépris de la religion » sous couvert de l'article 98 ; ce qui marque une nette augmentation. Le rapport note également que 100% des cas jugés en dehors du Caire ont été condamnés)

Ces questions ne sont pas restées lettres mortes et Karam Saber a fort heureusement d'ores et déjà reçu de nombreux soutiens. Au premier desquels on trouve le Haut Conseil à la littérature du Ministère de la culture qui, en janvier 2014, a remis au tribunal une critique positive de l'ouvrage. Le Haut conseil montre ainsi que le livre de Karam loue la valeur du travail et proscrit tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à du mépris envers les religions. Le livre, toujours selon le Haut Conseil à la littérature, prône le refus de ce qui est mauvais et injuste et prêche, en dernière instance, pour une religion de la paix et du bien.


Karam a ainsi reçu le soutient de 46 organisations (voir la liste sur le site Allafrica) et personnalités parmi lesquels : le Front des créateurs artistiques, le syndicat des avocats, le syndicat des journalistes, l'Union des écrivains, de nombreux critiques et hommes de lettres avec à leur tête Docteur Gâber Assfour (ex- Ministre de la culture), le Docteur Salâh Fadal (membre de l'académie des lettres arabes, il est considéré comme le plus grand critique littéraire égyptien), Ibrahim Abdel Magid (écrivain égyptien plusieurs fois récompensé dont la médaille Naguib Mahfouz), Bahâ Tâher (écrivain égyptien récompensé du prix arabe pour la fiction), Youssef al-Qaïd (journaliste et écrivain égyptien auteur de plus d'une trentaine d’œuvres), Saloua Baker (romancière et critique littéraire dont l'Union des écrivain a nommé l'un de ses romans un des meilleurs 100 romans arabes et récompensée en 1993 du prix littéraire de la Deutch Welle).

Il faut de plus ajouter les partis politiques, les syndicats de travailleurs et de paysans avec lesquels Karam a travaillé dans le cadre de son activité professionnelle.

En conclusion, nous espérons que le pouvoir entendra l'appel du précédent Ministre de la culture le Docteur Gâber Assfour qui, à deux reprises, a écrit dans le journal égyptien de référence al-Ahram :
Arrêtez la mascarade et rectifiez la situation rapidement avant que l’Égypte révolutionnaire ne devienne la risée du monde civilisée !

Premiers signataires

1 Ibrahim Abdel Meguid - Écrivain et romancier
2 Ahmed Ahwani - écrivain et professeur à la Faculté de génie
3 Ahmed Bahaa Shaaban Din
4 Oussama Ghazali Harb - Egyptiens gratuites Parti
5 Bashir Sebaey- poète et traducteur
6 Bahaa Taher - Écrivain et romancier
7 Bahija Hussein - Parti du Rassemblement
8 Gaber Asfour - Ancien Ministre de la Culture
9 Gamal Eid - avocat et directeur exécutif du Réseau arabe pour l' information sur les droits de l'homme
10 Hussein Abdel Ghani - Journaliste
11 Helmi al-Nemnem - Écrivain et vice-président de l'organisme des livres anciens
12 Zein Abdel Hady – Ancien Président de la Bibliothèque nationale et les Archives nationales
13 Saïd Kafrawy - Écrivain et conteur
14 Syed Abu Zeid - Avocat du syndicat des journalistes
15 Salah Fadl - un professeur de critique littéraire et de littérature comparée à la Faculté des arts, Université Ain Shams
16 Abdul Aziz Jamaluddin - écrivain et historien égyptien
17 Abdel Moneim Ramadan - Poète
18 Abeer Mohammed Badran - Professeur d'administration des affaires
19 Afaf al-Saïd - Atelier du Caire
20 Alaa Abdel Hady - Union des écrivains
21 Ammar Ali Hassan - Un écrivain et chercheur en sciences politiques en Égypte
22 Farid Zahran - Parti social-démocrate égyptien
23 Mohammed Baaly - Éditeur
24 Mohammed Hijazi - Slim Conseiller de l'Association du Barreau
25 Mohammed Salmawy - Président de l'Union des écrivains égyptiens
26 Medhat Gayar - Professeur de littérature arabe à la Faculté des arts de l'université du Caire
27 Mekkawy Saïd- écrivain et romancier
28 Manal Tibi - membre du Conseil national des droits de l'homme
29 Mona Ezzat - Parti du pain et de la liberté
30 Wael Tawfiq - Parti socialiste de l'Alliance
31 Wahid Abdel Meguid - Al -Ahram Center for Strategic
32 Yusuf Qaeed - président du Haut Conseil à la littérature u Ministère de de la Culture

33 Youssef Shaaban - Poète



Publiée Juin 2, 2014
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