Cher Emmanuel Macron,
Je vous écris de notre cave, seul lieu encore habitable dans notre immeuble parisien :
Signez ici pour arrêter les subventions publiques aux énergies fossiles :
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Je vous écris de notre cave, seul lieu encore habitable dans notre immeuble parisien :
Je ne comprends pas qu'un président de la République puisse, une fois de plus, faire peser sur les frêles épaules des citoyens la responsabilité de les protéger, qui est la vôtre. Et je vous imagine sirotant un apéro (loin d'être mérité) dans une pièce climatisée de l'Élysée ou d'un autre palais de la République.
Alors j'ai décidé de vous écrire. Cette lettre, vous ne la lirez probablement jamais. Qu'importe : seule l'écriture apaise un peu ma colère.
Vous nous demandez "la prudence". Mais la prudence de qui, Monsieur le Président ? Celle des citoyens qui n'ont jamais voté pour quatre degrés de réchauffement, ou celle d'un État qui, année après année, choisit de ne pas agir sur la cause ? On ne se met pas "à l'abri" d'un climat que l'on continue de dérégler. On ne "boit pas de l'eau" pour réparer des décennies d'inaction climatique.
Cette canicule n'est pas une fatalité météorologique. Elle est la conséquence directe et mesurée de votre décision de nous enfermer dans le capital fossile. Nous l'avions écrit, noir sur blanc, dans les rapports du GIEC (IPCC). Vous le saviez. Nous le savions tous. Ce qui nous accable aujourd'hui n'est pas une surprise : c'est un rendez-vous que vous, avec d'autres responsables politiques, avez choisi de ne pas honorer.
Et que proposez-vous face à cela ? De nous adapter à une France devenue fournaise, comme si l'on pouvait s'adapter sans fin à un monde que vous vous obstinez à rendre invivable.
Je vous écris enfin parce que je ne sais pas comment expliquer à un enfant de six ans que les adultes savaient, et qu'ils ont préféré l'apéro à l'action. Je ne sais pas pour vous ; moi, je refuse de léguer à mon fils un pays où le seul refuge est le sous-sol, et comme seule consigne, la débrouille. Nous finirons bien par remonter de notre cave. Mais je n'oublierai pas qui m'y a laissée : votre inaction climatique, cher Emmanuel Macron, celle qui vole à nos enfants le droit de vieillir sur Terre.
Je vous demande d'agir enfin à la hauteur des enjeux, à commencer par mettre un terme à toutes les subventions publiques directes ou indirectes aux énergies fossiles dans notre pays.
Demain, il sera déjà trop tard.
Yamina Saheb, ingénieure, chercheuse et experte pour le GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU.
Image : © NnoMan Cadoret / Reporterre
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